De la Renaissance au néoclassicisme napoléonien, le Manoir d’Hazeville est le résultat de cinq siècles de constructions, de remaniements et de soins portés à une demeure d’exception. Retour sur l’architecture remarquable de ce château du Vexin français.
1560 : la construction du manoir originel
C’est en 1560 que Charles Lefebvre, seigneur d’Hazeville, des Essarts et de Chaussy, décide de faire construire le manoir qui donnera son nom au domaine. La famille Lefebvre possède déjà à cette époque la seigneurie de Gadancourt, village voisin de Wy-dit-Joli-Village, dans le Vexin français. La construction du manoir marque l’affirmation de leur puissance locale et leur désir de doter le domaine d’une demeure à la hauteur de leur rang.
L’édifice Renaissance d’origine est sobre et fonctionnel : murs en pierres de taille calcaire extraites des carrières voisines, toiture à deux versants, fenêtres à meneaux caractéristiques du XVIe siècle français. Ce bâtiment constitue le cœur du domaine pendant près de deux siècles et demi, avant d’être radicalement transformé au début du XIXe siècle. Seules les parties basses : caves, soubassements et fondations : subsistent aujourd’hui de cette construction originelle.
Les propriétaires successifs jusqu’à la famille Fontaine
Après les Hazeville, le château change plusieurs fois de mains au XVIIIe siècle. En 1714, le domaine : qui s’étend alors sur un millier d’hectares de terres, forêts et prairies : est vendu à Jean-Remy Hainault, conseiller secrétaire du roi et fermier général. Ce dernier n’y résidera que trois ans : ruiné, il revend en 1717 à Joachim Fresnier, contrôleur général de la Maison du duc d’Orléans. Son fils Philippe lui succède, avant que le domaine ne passe entre les mains de Luc Violette en 1765, puis d’autres propriétaires jusqu’à l’arrivée des Fontaine au début du XIXe siècle.
C’est avec la famille Fontaine, à partir de 1806, que le château entre dans sa période architecturale la plus marquante. Cette famille est associée à l’un des architectes les plus influents de l’époque napoléonienne : Pierre Fontaine (1762 – 1853), premier architecte de l’Empereur, qui a notamment œuvré aux Tuileries, au château de Compiègne, à Malmaison et à Saint-Cloud.
Pierre Fontaine et la transformation néoclassique
Sous l’impulsion de la famille Fontaine, le château connaît une transformation radicale. Le manoir Renaissance est en grande partie démoli : seuls les sous-sols sont conservés. À sa place s’élève un édifice entièrement nouveau, dans l’esprit néoclassique qui caractérise l’architecture de l’Empire et de la Restauration.
Le nouveau bâtiment se distingue par plusieurs éléments architecturaux remarquables :
- Un toit en croupe droite : forme sobre et élégante, typique de l’architecture néoclassique française, qui donne au château sa silhouette immédiatement reconnaissable depuis la route départementale
- Trois lucarnes à fronton triangulaire qui rythment le comble et apportent de la lumière aux espaces sous les toits
- Sept travées en façade, rythmées par des pilastres sculptés : les pilastres d’angle aux étages arborent des chapiteaux doriques (étage bas) et ioniques (étage haut), référence directe à l’architecture antique
- Une porte d’entrée monumentale surmontée d’un fronton cintré, encadrée de colonnes qui soulignent l’axe central de la façade
- Des pierres de taille soigneusement appareillées, probablement issues des mêmes carrières de calcaire lutétien que l’édifice du XVIe siècle
Cette façade, orientée au sud-ouest, bénéficie d’un bel ensoleillement en fin de journée. Elle domine un parc à l’anglaise planté d’arbres centenaires : chênes, tilleuls, marronniers : qui constituent aujourd’hui l’un des éléments les plus spectaculaires du domaine.
L’intérieur : un mélange d’époques et de styles
À l’intérieur, le château offre un voyage dans le temps. Les parquets en chêne massif, les cheminées en pierre de taille, les boiseries moulurées et les hauts plafonds témoignent du soin apporté par les Fontaine à la décoration intérieure. Certaines pièces conservent des éléments du XVIIIe siècle récupérés lors de la démolition partielle de l’édifice précédent, créant une stratification historique fascinante.
Les caves, derniers vestiges du manoir originel de 1560, sont impressionnantes : leurs voûtes en berceau de pierre calcaire, dont certaines portent encore les marques des outils des tailleurs de pierre Renaissance, témoignent de la solidité et du savoir-faire des bâtisseurs du XVIe siècle. Elles sont aujourd’hui utilisées pour le stockage et, lors de certains événements, comme espace de dégustation.
Le château aujourd’hui : patrimoine vivant
Classé au patrimoine historique et architectural du Vexin français, le Château d’Hazeville est aujourd’hui bien plus qu’un monument : c’est un lieu de vie et de partage, ouvert aux mariages, séminaires, tournages et hébergements de groupe. La famille Deneck, propriétaire depuis le XXe siècle, veille jalousement à la préservation de cet héritage tout en lui insufflant une nouvelle vitalité.
Les travaux de restauration se poursuivent au fil des années : consolidation des toitures, rénovation des enduits extérieurs, mise aux normes des installations intérieures : autant de chantiers qui exigent patience, ressources et expertise. Car entretenir un château, c’est aussi une façon de le transmettre intact aux générations qui viendront après nous.
Si vous souhaitez découvrir le château de visu, nous vous invitons à nous contacter pour organiser une visite ou pour discuter de votre projet d’événement. Pierre Fontaine aurait probablement apprécié que sa demeure soit encore admirée, deux siècles après sa construction.